L’innovation du « monde d’après »



« Le plus grand danger, dans les moments de turbulence, ce n’est pas la turbulence ; c’est d’agir avec la logique d’hier » _ Dixit Peter Drucker, consultant et théoricien américain. Cette notion de turbulence résonne fortement avec le contexte de crise sans précédent que nous traversons à l’heure actuelle. Ce qui est certain, c’est qu’il est difficile aujourd’hui de « prédire le futur », à fortiori dans un monde qui s’annonce durablement « VUCA » : volatile, incertain, complexe et ambigu. Plusieurs questions se posent dès lors : comment bâtir de nouvelles stratégies fiables et pragmatiques dans un contexte dans lequel l’instabilité devient la règle ? Comment faire effet de levier sur l’innovation pour imaginer les futurs possibles et capter intelligemment les nouvelles tendances susceptibles d’émerger dans le monde d’après ?


Le pouvoir de l’innovation


La montée en puissance de la technologie, l’accélération de la transformation digitale du monde, l’émergence de nouveaux business models disruptifs, la redistribution de valeur entre les secteurs, le changement profond de nos valeurs, de nos comportements et de nos habitudes de consommation nous démontrent que le monde d’aujourd’hui est en mutation profonde et structurelle. Quelques chiffres illustratifs : la capitalisation boursière de Zoom est désormais supérieure à celle des 7 meilleurs compagnies aériennes, la transformation numérique que nous avons connue durant la crise est équivalente à celle faite en 5 ans en temps normal …


L’innovation et l’entrepreneuriat sont des moteurs fondamentaux dans l’accélération de cette cadence. Savoir innover et manœuvrer rapidement est crucial pour résister et accompagner cette accélération. 11% seulement des 500 plus grosses entreprises des années 50 existent en 2020. Les entreprises qui ont perduré à travers les décennies sont celles ayant placé l’innovation au cœur de leur stratégie et axé leurs investissements dans de nouveaux produits ou de nouvelles technologies. Mais, au-delà de l’innovation classique autour de produits et services, il faut adopter des démarches audacieuses et oser casser les codes conventionnels. Si Zoom et ses avatars cartonnent aujourd’hui c’est qu’elles ont nous aident à passer de la distanciation sociale à la socialisation de la distance. Elles ont réussi à transformer un bouleversement planétaire, 3 milliards de personnes confinées dans le monde, en un business axé sur la valorisation du lien social.


La stratégie d’innovation


Définir une stratégie d’innovation n’est toutefois pas chose facile. Des dilemmes fondamentaux seront constamment soulevés : Faut-il adopter une innovation poussée par la technologie (Technology push) ou tirée par le marché (Market Pull) ? Jusqu’où cultiver les opportunités technologiques plutôt que d’adresser des attentes marché ? Faut-il innover sur le produit qu’on délivre ou sur le procédé de production de ce produit ? Faut-il être premier entrant ou second gagnant ? Faut-il être dans l’innovation copieuse ou dans l’innovation frugale « jugaad » ?


Clairement, les réponses à ces dilemmes varient en fonction de la situation et de son degré de turbulence. Les formules d’innovation qui s’en dégageront doivent, en revanche, partager un dénominateur commun : Rester focus sur sa raison d’être et s’appuyer sur l’humain.

Le premier point est essentiel pour ne pas être dispersé et surtout se mettre en capacité de réaliser des choses à valeur, alignées avec la stratégie de l’organisation. L’exemple du Maroc ces derniers mois est excellent à ce titre. Les décisions prises durant la période agitée ont suivi une certaine constance. Le cap présenté s’agissant du plan du confinement, a été respecté jusqu’au bout. Les composantes économiques ont innové dans ce sens et le ressenti citoyen a été extrêmement positif.


Le second point trouve également un écho important dans l’épisode du Covid-19. L’innovation faite dans ce contexte n’aurait pas vu le jour sans l’engagement sans faille des femmes et des hommes. Le Capital humain a constitué au Maroc le nerf de la guerre qui a permis de sortir en des temps record des innovations solidaires, utiles, utilisables et adoptés par les citoyens. Les organisations de demain, doivent plus que jamais agir comme des orchestrateurs de talents, qu’ils soient internes ou externes. L’intrapreneuriat, la densification du maillage avec l’écosystème des startups, des acteurs institutionnels, des universités … doivent être dynamisés pour renforcer la résilience du tissu d’innovation de notre pays. Le monde d’après sera sans doute plus connecté, plus digitale et plus complexe mais il ne se fera pas sans l’Homme.


Par Mohamed Moullouze

Head of innovation, Attijariwafa Bank

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